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Du coq à l’âne

Un instant de grâce dans un océan de néant, 10 minutes d’une révolte tombée aussi rapidement qu’elle était arrivée, puis le vide.

Si l’on devait résumer le match de l’équipe de France, nous ne pourrions aller plus loin dans notre analyse tant les All Blacks ont dominé les débats. Si nous en avions envie, et avec un peu de chauvinisme, nous pourrions nous agripper aux quelques fulgurances et individualités des Bleus, aux cannes de Dupont, le nouveau chouchou des supporters (comme Serin, Machenaud et Bezy avant lui) ou à quelques tampons distribués à droite et à gauche. Nous pourrions passer des heures à nous répéter que nous sommes une “équipe à réaction” avec des joueurs “orgueilleux” et typiquement “latins” mais le résultat resterait inchangé et avec lui, les dernières années du rugby français.

Cela fait plus de six ans que l’on épluche les tests-matchs et le Tournoi des Six Nations à la recherche du moindre développement et chaque pas en avant est suivi de deux pas en arrière 80 minutes plus tard. La facilité nous amènerait à viser les joueurs en se disant qu’ils n’ont pas suffisamment de cardio, que le Top 14 ne leur permet pas de développer leur technique individuelle et qu’aucun d’entre eux ne pourrait jouer pour les All Blacks. La réalité est que, là ou l’individu n’arrive plus à marquer l’essai, c’est le collectif qui intervient. L’exemple le plus criant est celui de l’Irlande: certes les joueurs sont loin d’être mauvais mais leur force réside dans le mouvement collectif et leur organisation parfaitement rodée qui offrent à chaque phase de jeu plusieurs options offensives et des soutiens immédiats.

“Oui, mais le French Flair”. En admettant que le French Flair, expression utilisée pour décrire le jeu français des années « 80 – 90 » et revenu à la mode en 2007, soit quelque chose de réellement caractéristique de notre jeu, force est de constater qu’en 30 ans le rugby a quelque peu évolué. Si les grandes envolées et les passes après contact étaient monnaie courante il y a quelques années, aujourd’hui les défenses se sont resserrées et les contacts sont devenus plus rugueux.

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                                  Le French Flair en 2017 (Crédit: L’Express)

 

Peut-on alors continuer à cacher nos lacunes tactiques derrière un terme, certes élogieux mais totalement désuet ?

L’Angleterre a gagné une Coupe du monde avec un jeu très restrictif et la Nouvelle-Zélande était connue pour gagner ses matchs avec une mêlée aussi technique que les arrières mais incapable de soutenir l’épreuve de force. Se sont-ils pour autant obstinés à garder la même stratégie ou ont-ils été capables de s’adapter au rugby moderne ? Les premiers matchs de cette tournée de novembre nous ont donné un début de réponse et ce n’est pas la mêlée française qui dira le contraire.

Alors oui, nous avons eu nos dix minutes de courage, oui nous avons été capables de marquer contre la meilleure équipe du monde, oui nous avons des jeunes intéressants qui commencent à pointer le bout de leur nez mais, par pitié, arrêtons de rêver de nos heures glorieuses, arrêtons de raconter les aventures de notre passé rugbystique en le présentant comme un exemple à suivre et acceptons d’adapter notre nature au développement de notre sport car 2019 est à notre porte. Et incontestablement, le plus grand risque reste celui de passer du coq à l’âne.

 

Felix Dario

(2 commentaires)

  1. Prendre l’exemple de l’Ecosse serait plus intéressant car l’Irlande a une équipe dont le XV titulaire a intrinsèquement plus de talent que celui de la France. Autre chose la période actuelle est justement plus propice à un retour au jeu en offloads que ce soit dans le rugby inter ou bien dans les championnats (le Top 14 est à part) de par le fait que l’impasse du physique pur est arrivée et les équipes s’en rendent compte. En France le problème vient de la formation les skills ne sont pas assez développés et le problème vient de l’explosivite des joueurs

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    1. Bonsoir, tout à fait d’accord sur la qualité individuelle des joueurs et sur le retour en force du offload. La volonté était de mettre en avant le mouvement collectif de l’Irlande, si bien rodé et organisé qu’elle en arrive à ne pas avoir besoin de passes après contacts pour marquer des essais.

      Aimé par 1 personne

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