Football

Brexit : les incertitudes de la Premier League

Définitivement scellé le 31 janvier 2019, le Brexit fait trembler le championnat anglais. Une ère d’incertitude s’ouvre pour la Premier League, qui ne sera fixée sur les conséquences du divorce au plus tôt que le 31 décembre 2020. A la fin de cette période de transition, le Royaume de sa Majesté et l’Union européenne (UE) sont censés avoir trouvés un accord (ou pas) sur les nouvelles conditions de séjour et de travail des citoyens européens sur le sol britannique.

Vers un quota de joueurs européens dans les clubs anglais ?

Un joueur ayant la nationalité d’un pays de l’Union européenne pouvait jusqu’ici s’engager sans problème avec un club britannique. Si aucun régime alternatif ne vient remplacer les avantages relatifs au statut de citoyen de l’UE d’ici décembre 2020, les joueurs étrangers européens en Premier League seront considérés comme des « extracommunautaires » à l’instar des sud-américains, asiatiques ou africains. Or, l’instance dirigeante du football européen (l’UEFA) impose aux clubs du Vieux continent de ne pas aligner plus de 5 joueurs extracommunautaires sur une feuille de match … Ce qui obligerait certaines équipes au visage très européen à remodeler en profondeur leur effectif. Le futur champion d’Angleterre Liverpool serait-il aussi rayonnant s’il ne retenait dans sa composition que 5 éléments parmi Alisson Becker, Virgil Van Dijk, Dejan Lovren, Joël Matip, Fabinho, Xherdan Shaqiri, Georginio Wijnaldum, Sadou Keita, Divock Origi, Sadio Mané, Mohamed Salah et Roberto Firminio ? Il faudrait demander au technicien Jürgen …

Autre conséquence possible de la scission entre le Royaume-Uni et l’UE : la fin de la libre-circulation des travailleurs et l’obligation des joueurs étrangers européens d’obtenir un permis de travail. Déjà obligatoire aujourd’hui pour tous les joueurs qui ne font pas partie de l’Espace Économique européen*, le « Governing Body Endorsement » (GBE) est délivré par la Fédération anglaise selon des critères très élitistes. La principale condition étant la participation du joueur à un certain nombre de matchs internationaux dans les 24 mois précédant la demande de permis. Si le seuil requis de sélections en équipe nationale n’est pas atteint, le joueur extracommunautaire devra démontrer qu’il fait l’objet d’un transfert conséquent et qu’il apporte une bonification sportive au championnat.

La compétitivité des clubs modestes en danger

Ces conditions restrictives n’auraient pas empêché des joueurs confirmés comme Sergio Agüero ou Alexandre Lacazette de rejoindre le sol anglais. Ainsi, ce fameux permis ne nuirait pas fortement aux clubs du Top Six qui recrutent majoritairement des compétiteurs de très haut-niveau pour des montants parfois exorbitants.
Toutefois, une part importante d’européens évoluant en Premier League sont menacés par ce permis, tout comme les équipes du milieu ou bas de tableau qui dépendent d’eux (Christian Benteke de Crystal Palace, Schneiderlin d’Everton, Alain Saint-Maximin de Newcastle, Delofeu de Watford, …).

Avec le Brexit, les clubs de Premier League risquent par ailleurs de ne plus pouvoir recruter des joueurs européens mineurs dès 2021. En effet, la FIFA prohibe tout transfert de joueur de moins de 18 ans, à l’exception des mouvements de mineurs au sein d’équipes appartenant à l’Espace Économique Européen. Cette dérogation a permis par exemple à Cesc Fabregas ou Paul Pogba d’arriver en terre anglaise dès 16 ans.

Brisith football contre football mondialisé : quand le ballon rond devient politique

Ce divorce entre l’Europe politique et l’île britannique nourrit depuis son annonce un conflit entre la Ligue anglaise et la Football Association (FA). Si la première alerte sur les risques d’affaiblissement de la valeur du championnat, la seconde y voit une opportunité pour les joueurs locaux qui pâtissent de l’hyper-internationalisation de la Premier League. Chiffre édifiant : depuis les années 90, la part de joueurs anglais évoluant en PL est passée de 70% à 30%. Il faut également souligner que diminuer la part des joueurs étrangers dans son effectif est possible. Pour preuve, les Blues de Chelsea interdits de recrutement cet été, ont donné la possibilité aux jeunes anglais Mason Mount, Fiyako Tomori et Tammy Abraham de faire éclater leur talent au grand jour. De nombreux clubs et personnalités du football accueillent par ailleurs le Brexit avec enthousiasme. Sol Campbell, ancien défenseur d’Arsenal reconverti dans la politique, déclarait au lendemain du référendum en juin 2016 : « Nous avons des équipes remplies de joueurs étrangers médiocres, en particulier européens, qui évincent les jeunes talents anglais ou britanniques ».

« Nous avons des équipes remplies de joueurs étrangers médiocres, en particulier européens, qui évincent les jeunes talents anglais ou britanniques »

Néanmoins, ces arguments ne semblent pas dissiper les incertitudes et inquiétudes de nombreux acteurs du championnat le plus regardé au monde.
Premièrement, la dépréciation de la livre sterling est estimée à 12% depuis le référendum de 2016, ce qui a amputé le pouvoir d’achat des clubs britanniques sur le marché européen des transferts.
Le total des dépenses des clubs de Premier League cet hiver est deux fois moins important que l’an dernier, selon le cabinet d’avocats Deloitte, spécialisé en droit du sport. Mais il faut aussi penser salaires. Certains clubs doivent contractuellement payer leurs joueurs étrangers en euros, ce qui implique une masse salariale plus chère avec ce nouveau taux de change défavorable.
Enfin, sans une diversité aussi forte qu’aujourd’hui, le championnat mettrait en péril son attractivité. Pourrait-il monnayer 2 milliards de ses droits télévisuels en Asie sans autant de gladiateurs européens sur les pelouses anglaises ?

Le sacre de Leicester City au terme de la saison 2015-2016 restera l’exploit le plus marquant de l’histoire de la Premier League ces dernières années.

May God save the Premier League

En attendant qu’un compromis soit trouvé entre l’Union européenne et Boris Johnson sur la nouvelle politique migratoire du Royaume vis à vis des européens, la Fédé fait actuellement pression sur la Premier League pour diminuer le quota de joueurs formés à l’étranger dans les équipes anglaises de 17 à 13.
En contrepartie, les règles de délivrance du permis de travail seraient assouplies.
Le football britannique n’a donc pas fini de naviguer dans le brouillard.
Il attend avec impatience le 31 décembre 2020, fin de la période de transition et émergence des premiers éléments de réponse à ses inquiétudes.

* Espace Économique Européen (EEE) : Espace économique de libre-circulation comprenant l’Union européenne, le Lichtenstein, la Norvège et l’Islande.

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